
John-Anderson VIBERT
Quand l’égoïsme, l’arrogance et l’argent deviennent l’arme dialectique, communicative et décisionnelle dans un monde en conflit, la paix des citoyens se fragilise et se voit malheureusement attaquée par la division organisée et structurelle. S’attaquer à la paix sociale selon ma propre vision et compréhension des choses piétine tout simplement les principes du bien commun, le besoin de consensus et les valeurs du vivre ensemble. Cela ne peut être qu’un comportement irresponsable, séparé de l’éthique et du bien, pour épouser l’égoïsme et en faire malheureusement un puissant virus destructeur dans la gestion des relations dans nos sociétés.
L’égoïsme social et politique est un virus qui divise et tue. Nous ne sommes pas sans savoir que la guerre en est toujours la conséquence, l’expression et que les gens en pâtissent. La guerre, ce laboratoire de destructions sociales, de morts, de réfugiés et de misères, doit être vaincue partout à travers le monde. Ce serait en tout cas le rêve caressé par plus d’un, et pas seulement une utopie. Un souhait, une mission, un engagement qu’il faut encourager, alimenter et caractériser par la vérité sur l’homme, sur son habitat et sur les consensus sociaux.
L’homme est créé à l’image et ressemblance de Dieu (Gn 1, 26) pour vivre, coexister, transformer la terre et pas pour détruire son propre habitat ou, moins encore, y être tué, déporté, exilé. En ce sens, l’être humain doit être considéré « dans la pleine vérité de son existence, de son être personnel et en même temps de son être communautaire et social »[1]. Malheureusement l’homme post-moderne, étant fragmenté par la globalisation et dominé par les nouvelles technologies, se voit de plus en plus fragilisé face à son devoir d’être, de coexister et d’humaniser son habitat.
En dépit de tout, il est plus que jamais nécessaire de préserver et garantir la paix en la libérant des fondements erronés et dysfonctionnels de la vérité subjective avant, dans et après les conflits, les guerres et les violences sociales. Le bien commun, « l’ensemble des conditions sociales qui permettent et favorisent dans les êtres humains le développement intégral de la personne »[2], ne doit pas être l’utopie de la majorité et l’exploit d’une minorité[3].
S’ouvrir à la culture du mensonge et de l’indifférence, c’est arroser le terrain fertile de la guerre pour détruire l’autre, à court terme, et s’autodétruire, à long terme. Ainsi, l’éthique du bien doit prévaloir sur une vérité contingente qui conditionne le bien, le mal et l’action citoyenne. Il faut faire place à l’éthique du vivre ensemble au sein des institutions sensées pourtant garantir la paix entre les peuples. Autrement dit, il va falloir considérer et proclamer, plus que jamais, dans le cadre de l’émergence d’un monde multipolaire, «la priorité de l’éthique sur la technique, le primat de la personne sur les choses, la supériorité de l’esprit sur la matière »[4].
Tout compte fait, les hommes d’aujourd’hui doivent apprendre à se parler au lieu de faire parler les armes contre eux-mêmes. Se parler conduit progressivement au dialogue et à la création d’un pont pouvant construire quelque chose de bon et de bien qui nous lie. Faire parler les armes ou les laisser parler à notre place, au nom d’une volonté politique basée sur une vérité subjective, piétine le droit à la vie et promeut la culture de la mort. Il est temps de construire un nouveau monde à partir « des valeurs qui prennent source dans la dignité de la personne humaine »[5].
[1] JEAN-PAUL II, Lettre encycl. Redemptor hominis (4 Mars 1979), 14 : A.A.S. 71 (1979) 284.
[2] JEAN XXIII, Lettre encycl. Mater et Magistra (15 Mai 1961) : A.A.S. 53 (1961) 417 ; cf. PIE XII, Radiomessage de Noël Con sempre nuova (24 Décembre 1942) : A.A.S. 35 (1943) 13.
[3] Cf. FRANCESCO, Lettera enciclica. Laudato si (24 di maggio 2015), 95; cf. BENOÎT XVI, Lettre encyclique. Caritas in veritate (29 juin 2009), n.32.
[4] Cf. Congrégation pour l’Education catholique, En ces dernières décennies, 30 décembre 1988, n. 44.
[5] JEAN XXIII, Lettre encycl. Pacem in terris (11 Avril 1963): A.A.S. 55 (1963) 259.
